Delon, hiératique et silencieux, dans le rôle de ce samouraï solitaire et glacial. Un film dépouillée, au tempo "pianissimo" dans une atmosphère bleutée. Le face à face entre Delon et l'oiseau, un bouvreuil, renvoie à la misanthropie solitaire du personnage. Lors du tournage, les décors brûlèrent, la première question que Delon posa à Melville fut : "Et l'oiseau ?" C'est dans ce film que l'on comprend que Delon est une présence avant d'être un Verbe ! Un chef d'oeuvre !
Le Doulos est un hommage au film noir de Jean Pierre Melville. Au-delà de l'intrigue, à la limite accessoire, c'est une atmosphère que Melville a voulu créer. Ambiance nocturne irradié par le hallo des réverbères, voitures américaines, pardessus imperméable, chapeau mou, femmes mystérieuses, clair-obscur déclinant par petites touches les aléas de la nature humaine. Un film qui joue avec les codes du film-noir et va fixer l'esthétique qui sera celle du réalisateur aux lunettes noires ! Sans oublier un casting de premier ordre, où le jeune Bebel côtoie le Serge Reggiani de Casque d'or, et Michel Piccoli, futur compagnon de Bardot, dans le Mépris, l'année suivante. A noter le charme singulier de Fabienne Dali, étoile filante du cinéma, puisqu'elle n'illuminera que les années 60 !
Bebel comme on ne le verra plus, beau prêtre dans un petit village, sous l'Occupation, vénéré par une jeune veuve, communiste et anti-cléricale, joué par la troublante Emmanuelle Riva. Communion spirituelle, tentation charnelle, Melville rendra à merveille les hésitations entre le devoir et la volupté, l'abstinence et la passion des sens. Rigueur formelle, sobriété du jeu des acteurs, la marque de fabrique du cinéma melvillien et Belmondo, qui transcende Léon Morin ,avec sa grâce juvénile. Le film eut le Grand Prix de la ville de Venise en 1961.